Entretien avec Nicolas Maupied, documentariste

Le 17 avril 2017, nous avons eu l'honneur et le grand plaisir de nous entretenir par téléphone avec Nicolas Maupied, l'auteur et réalisateur du documentaire "Barbra Streisand : naissance d'une diva, 1942-1984", diffusé la veille sur ARTE. Merci beaucoup, Nicolas, d'avoir accepté si gentiment de répondre aux questions de WUD, ainsi que pour votre enthousiasme.
Des interviews comme ça, on en redemande !

Voici l'intégralité de l'entretien.

Entretien



Entretien avec Nicolas Maupied, auteur et réalisateur du documentaire "Barbra Streisand : naissance d'une diva, 1942-1984" ( ROCHE PRODUCTIONS, ARTE FRANCE, 2016 )

Pour What’s Up, Doc ? Barbra Streisand
: Epinedecactus Whatsupdoc



WUD : Nicolas Maupied, bonjour ! Vous êtes le réalisateur, l’auteur du documentaire “Barbra Streisand : naissance d’une diva”. Nous sommes ravis que vous ayez accepté de répondre ce matin aux questions de What’s Up, Doc ? Barbra Streisand. Nous existons depuis 2007. Nous nous sommes constitués un peu de temps après le concert qu’a donné Barbra à Paris en juin 2007. Nous nous sommes donnés pour vocation de faire mieux connaître Barbra Streisand en France. Nous avons beaucoup apprécié votre documentaire. Autant vous le dire tout de suite : nous nous sommes régalés. La première question que nous avons envie de vous poser est : qu’est-ce qui vous a donné l’idée, l’envie, de travailler sur Barbra Streisand ?

NM : quand j’étais plus jeune, j’étais un fan aussi, et donc, en général quand je commence un film, qui a à voir avec un portrait d’artiste, la première chose que je fais est d’aller voir les sites de fans, mais là je me suis tourné d’abord vers le fan club américains plutôt que vers le fans club français – je n’aurais peut-être pas dû ! (exclamation joyeuse).


WUD : (éclat de rire joyeux) on ne vous en voudra pas, Nicolas !

NM : je commence par aller sur les forums, sur les sites, parce que moi j’étais un fan des Rolling Stones. Je connais la mentalité, l’exigence de ce public là par rapport au film et c’est pourquoi que j’ai fait beaucoup de verifications de faits pour ne pas raconter de bêtises.


WUD : nous avons vu le documentaire hier soir. Nous n’avons pas voulu le voir dans l’après-midi, avant sa diffusion. Nous voulions le voir après la diffusion de “Nos Plus Belles Années” dans le timing qui avait été défini par ARTE et je vous avoue que nous l’avons trouvé trés bon…

NM : (ton flatté) c’est vrai ?


WUD : oui, on l’a vraiment trouvé très bon et les premiers échos que nous avons de nos amis, fans français, disent la même chose.

NM : (ton ravi ) d’accord !


WUD : nous sommes vraiment ravis, Nicolas… et fiers aussi !

NM : (ton intrigué) pourquoi ?


WUD : parce que c’est un documentaire français, Nicolas, et que ça n’est pas si fréquent que l’on parle de Barbra en France. Elle est sans doute très méconnue en France et nous sommes d’autant plus fiers que cet excellent documentaire ait été réalisé par un réalisateur français.

NM : c’est super. Ca me fait très plaisir. C’est vrai qu’il n’y a pas eu beaucoup de documentaires sur Barbra.


WUD : trés peu, c’est vrai.

NM : c’est quand même très compliqué à fabriquer...


"En 1984, elle est actrice, réalisatrice, productrice du

film, chanteuse... (...) elle n’a jamais eu autant de

pouvoir !"


WUD : très difficile, et c’est vrai que nous nous sommes demandés comment vous aviez travaillé. Ne serait-ce que pour choisir l’angle de vue pour attaquer le sujet…

NM : à la base, c’est ce qu'on appelle un travail de commande. Un jour, sur Facebook, une productrice me contacte. Elle avait déjà vu mon travail. J’avais fait des gros prime time sur France 3 sur Georges Brassens, sur Renaud, sur Daniel Balavoine et sur Coluche. Elle m’a dit qu’ils cherchaient un réalisateur pour travailler sur Streisand. J’ai dit que cela m’intéressait mais je leur ai tout de suite dit : c'est trés compliqué, vous êtes au courant quand même ? (rires) C’était une jeune productrice, assez courageuse, qui - je m’en suis rendu compte après - ne s’était pas bien rendue compte tout de suite de la difficulté...


WUD : était-ce ROCHE Productions ?

NM : oui. Cathy Palumbo. Je lui ai dit que, bien que je fasse des films sur des artistes français, j'étais plutôt d’obédience Rock, classique rock, mais que je connaissais bien le parcours de Streisand car je suis aussi un fan inconditionnel des Carpenters et j’aime beaucoup les voix blanches cristallines - en même temps que des voix très blues comme celle de Janis Joplin. Comme j’aime les Carpenters, j'avais fait des recherches sur Burt Bacharah, et forcément j'étais tombé sur Streisand. J'ai découvert Streisand par le biais de Bacharah. Je suis tombé sur quelques archives, et quand j’ai rencontré la productrice, je lui ai dit : je veux bien faire le film mais si on a accès à trois archives que je considère comme indispensables : le Judy Garland Show - le duo avec Judy - et le duo avec Burt Bacharah que je considère comme un sommet, et si on avait au moins quatre extraits de films. A moins que cela, je leur ai dit, qu’à mon avis, il n’y avait pas de quoi faire un film sur Streisand. Et je leur ai dit : quel est votre axe ? L’axe n’était pas vraiment pré-établi. Le dossier s’appelait “Becoming an icon” et cela s’arrêtait à 1984. Parce que c’était “Yentl”.Mais personne ne pouvait vraiment me dire pourquoi. Mais un film, ça doit raconter une histoire, avec une parenthèse de début et une parenthèse de fin... Pourquoi cela s’arrêtait-il à 1984 ? J’ai bossé. Assez facilement, j’ai trouvé un axe. Pour moi, il y a un truc évident : en 1984, elle est actrice, réalisatrice, productrice du film, chanteuse... A cet endroit là, elle n’a jamais eu autant de pouvoir. Après 1984, il n’y aura aucun projet où, volontairement ou involontairement, elle aura autant de pouvoir. Là, il y avait une boucle qui était forte. Il y avait aussi cette boucle émotionnelle, forte, dans cette scène où elle s’adresse à son père. On allait commencer [ le documentaire ] à la perte de son père alors qu’elle n’avait que 15 mois. On avait une boucle scénaristique. Par contre, en regardant les autres documentaires, très rares, je me suis rendu compte que c’était très compliqué. Il y avait la question de l’appartenance des archives... Elles appartiennent dans leur grande majorité à Barbra Streisand, ce qui veut dire que si on veut faire un film sur elle - vous l’admettrez, elle est beaucoup dans le contrôle - il faut passer par son accord. Je me suis demandé si cela allait être possible d’avoir telle ou telle archive. C’est une personnalité qui est très compliquée... Moi qui vient du monde du rock, avec une exigence assez forte d’une cohérence de carrière, je trouvais que la cohérence de carrière de Streisand jusqu’en 1984 était forte et, qu’après 1984, c’était très compliqué d’aller piocher - sauf à être un admirateur éperdu - des choses qui puissent fabriquer quelque chose de complètement cohérent, et qui se "picorent" un peu plus. Sauf au cinéma, où je trouve qu’elle a eu un de ses plus beaux rôles avec “Nuts”. Après, avec des comédies, elle revient à ses amours du début, mais c’était très compliqué d’avoir les droits. Et j’ai dit que je voulais vraiment que le public français découvre cette période là de Streisand, mais uniquement au travers d’archives d’excellence, de manière à voir que c’est un des plus grands génies – et cela, je ne le dis pas pour faire plaisir à qui que ce soit, je le pense véritablement en l’ayant aussi découvert -, que c’est une des plus grandes bêtes de musique, et génie artistique qui soit née dans le XXème siècle en matière de culture pop.


"Je fais le film pour, éventuellement, ceux qui ne la

connaissent pas et qui peuvent la découvrir en se

disant : 'Ah oui, quand même !' "



WUD : sans doute une des plus grandes artistes de notre temps…

NM : je voulais absolument que, dans ce film, tous les extraits qui soient choisis mettent en avant cela. De manière à ce qu’on puisse aller au delà de l’image qu’on a, me semble t’il, mais vous êtes mieux placés pour le savoir, de Streisand en tant que juste une diva.


WUD : c’est une de nos questions, Nicolas. Icône ou diva ? Est-ce ARTE qui vous a demandé de modifier le titre ?

NM : oui. J’étais parti sur quelque chose d’un petit peu plus sobre. Je voulais rester à “artiste”, en fait, rester dans le dimension artistique pour gommer le côté Diva. Diva versus Artiste... Le côté Diva, elle peut l’avoir parce qu'elle est beaucoup dans le contrôle et qu’elle a eu des comportements qui peuvent faire penser qu’elle est une diva, au sens péjoratif du terme. Diva, aussi, parce que c’est une grande voix. Icône, évidemment : quand on a quelqu’un comme Schapiro qui dit qu’elle est une icône, je ne vois pas pourquoi on dirait le contraire. C’est une femme qui a une image iconique. Après, j’aurais juste souhaité que, dans le film, au niveau des commentaires, nous soyions un petit peu plus en retenue pour ne pas que cela fasse “ton sur ton”. Voyez-vous ce que je veux dire ? J’avais juste envie d’un petit peu plus de retenue de manière à ce que le côté grandiose et le côté vraiment génial viennent des archives. Pour ne pas dire : “Attention, ce que vous allez voir est absolument génial, c’est la plus grande…” J’aurais aimé qu’on le raconte de manière un tout petit peu plus sobre, de manière à ce que ça éclate plus à la gueule, mais cela n’est pas très grave.


WUD : sans doute, Nicolas, vous aurait-il fallu un petit plus de temps également ? Nous avons trouvé que le montage était très bon, mais c'était trop court...

NM : c'est toujours la même chose. Mon fils a regardé [le documentaire]. Il a 19 ans et c'est vrai que Streisand, c'est un peu loin pour lui. Il m'a dit : "Tiens, c'est déjà fini ?". Pour un réalisteur, c'est un peu le compliment ultime, parce que cela veut dire que les gens ne se sont absolument pas ennuyés. Il vaut mieux qu'on nous dise "j'en ai bien repris 30 mn de plus" que "c'est bien, mais c'était un peu long". De toute façon, sur ARTE, il n'y a pas de demi-mesure : c'est 58 mn ou c'est deux fois deux heures, ou alors un grand truc qui fait 150 ou 180 minutes. Le cahier des charges n'était pas celui là. C'était déjà trés compliqué de fabriquer un film de 58 minutes pour une raison toute simple déjà : le prix des archives et le budget donné par ARTE. Les archives coûtent très chères et ce film a été possible uniquement parce qu'il y a eu un apport financier de 11 ou 12 autres chaines de télévision européennes et mondiales, qui ont pré-acheté le film, ont donné entre 5000 et 20000 € chacune et acheté le droit de le diffuser dans leur pays, ce qui veut dire que multiplier par quinze, cela a quasiment doublé le budget donné par ARTE. Entre producteurs, Les gens vous diront que c'est un film de "riches" du fait de la masse d'archives de qualité qui s'y trouve, car ils savent que les archives coûtent très cher.


WUD : c'est aussi une des choses qui donnent sa qualité à votre documentaire, Nicolas. On y voit et on y entend des choses que l'on avait jamais vues ni entendues auparavant...

NM : je suis extrèmement humble. Pour se planter sur un film comme ça, il faut être très mauvais. Après, il y a toujours une manière d'amener les archives, de raconter des choses, de les mettre en perspective et de faire que tout-à-coup, quand on arrive sur elle et Judy Garland, ce soit un plaisir. C'est la différence entre se voir offrir un oeuf de Pâques dans un sac en plastique ou dans une belle boite avec le petit volume rouge à l'intérieur et puis un ruban. Moi, je fabrique la boite et le ruban, et le papier cadeau. Voyez-vous ce que je veux dire ? Le bonbon, ce n'est pas moi qui le fabrique. Le bonbon, il existe. C'est l'archive de Judy Garland avec Streisand, et moi, je n'ai rien à voir là dedans. Par contre, j'ai envie que les gens quand ils les regardent, ils se disent : Ah oui, quand même ! Ah la vache ! Mon film, je ne le fais pas pour les fans de Streisand, parce que ceux là savent qui elle est, ces archives pour la plupart, ils les connaissent et ils l'aiment déjà. Je fais le film pour, éventuellement, ceux qui ne la connaissent pas et qui peuvent la découvrir en se disant : "Ah oui, quand même !", "Ah oui, je ne pensais pas qu'elle était aussi drôle". "Ah oui, quand même !": moi, c'est cet effet là que je recherche.


"Au niveau artistique, elle a fait exactement comme

elle a voulu, c'est à dire avec une certaine liberté

qui n'était pas forcément dictée par une super

exigence de vouloir rester absolument la plus grande,

la première"



WUD : Nicolas, vous avez choisi de limiter votre sujet à 1984 et à Yentl ? Est-ce que cela n'a pas été un peu frustrant ? Quelque 33 ans se sont écoulés depuis. Barbra est toujours là et bien là. Elle est toujours au sommet du show business mondial...

NM : pour être tout-à-fait honnête, j'ai fait des films sur... Renaud, par exemple. J'ai fait des films qui font 1h50, en prime time, donc qui s'adressent au plus grand nombre, et qui, au niveau de l'écriture et de la manière, doivent avoir du punch, et je connais très bien la problématique de faire tout le scope d'une carrière entière. Il y a toujours le problème, dans quelque carrière qui soit, d'un trou, d'une discontinuité. Comment fait-on pour ramasser 15 ans où il ne se passe grand chose, ou alors uniquement pour des admirateurs qui vont trouver cela intéressant. C'est la première chose que j'ai faite quand le film sur Streisand a été accepté, je suis allé voir par moi-même après 1984, la discographie, les awards, les prestations télévisées, tout un tas de choses, et effectivement il y a des choses mais qui se "picorent" plus et, à mon sens, se perdent un peu dans une discographie moins exigeante, qui n'a plus la même vision et la même qualité de projection et de vision artistique. Les films se font plus épars, même s'il y a de très bons rôles - pour moi, "Nuts" est un des ses plus grands rôles, elle y est vraiment très bonne, et je l'aime aussi beaucoup dans "Meet The Fockers" parce qu'elle y renoue par moments avec la screwball comedy - mais je me suis dit qu'il n'y avait pas d'erreur et qu'il y avait une vraie boucle à faire avec 1984. Après, c'est presque comme si c'était un autre film... Le meilleur exemple que je puisse prendre, c'est lorsque j'ai fait un film avec Didier Varrod sur Barbara. Je lui disais : je ne connais pas Barbara mais l'image que j'en ai, c'est que sur les dernières années, ce n'est vraiment pas facile à vendre, ce n'est pas évident artistiquement. Est-ce que tu ne penses pas qu'il serait plus intéressant de revenir quasiment au tout début et de faire un film sur Barbara, et, presque comme une provocation, on s'arrête à "l'Aigle noir". Et on regarde tout Barbara avant l'Aigle noir, et c'est absolument sublime, et du coup, je lui dis : voilà un vrai axe, c'est Barbara avant l'Aigle noir, et le générique de fin s'arrête sur la chanson "L'Aigle noir". Là, on n'est pas aussi radical et on ne s'arrête pas sur une de ses chansons les plus connues, mais on s'arrête malgré tout à un moment où il y a une vraie boucle, et quand j'ai découvert qu'effectivement elle avait été au plus haut de son pouvoir dans ce film là... Et puis, en lisant des interviews, et, vous savez, en tant que portraitiste - depuis l'âge de 17 ans, je fais de la photo en portrait et 80 % des films que je fais sont des portraits - j'ai toujours forcément un avis, à un moment donné, sur la personne, qui n'est pas un avis définitif, mais qui est un avis de mec qui a bossé pendant 6 mois avec la présence d'une grande personnalité dans sa tête. Ce que je me suis dit, c'est qu'il y a des stars, icônes, divas, appelez ça comme vous voulez, il y a des artistes qui, à un moment donné, privilégient leur carrière au détriment de leur vie de femme, de mère, et de leur vie familiale. J'ai l'impression qu'avec Streisand, on a une femme qui est à peu près bien dans sa peau, qui n'est pas morte d'alcoolisme, qui n'a pas fini shootée, qui, encore aujourd'hui, est en vie et est visiblement entourée d'amis et de proches, qui a une vie à peu près normale. Je pense qu'elle a quelque part priviligié une vie privée qu'elle a voulu à peu près normale - autant qu'elle puisse être quand on s'appelle Streisand - et qu'au niveau artistique, elle a fait exactement comme elle a voulu, c'est à dire avec une certaine liberté qui n'était pas forcément dictée par une super exigence de vouloir rester absolument la plus grande, la première. Ceci étant dit, elle est quand même restée la première parce que, l'année dernière, ses ventes du dernier album font qu'elle a encore ce record d'albums [ n°1 ] sur 6 décennies.


WUD : oui. Le dernier album qui est, Nicolas, un très grand album de Streisand. A nouveau, quelque chose de neuf.

NM : oui. Mais vous êtes d'accord que la discographie des années 1990 et 2000 n'a quand même pas la qualité, je trouve, de celle qui va jusqu'en 1983-1984...


WUD : je vous avoue que, personnellement, j'ai moins d'affinités avec la décennie 1990. Un peu plus avec la décennie 2000 où Il y a quand même de très beaux albums, comme celui produit par Diana Krall.

NM : oui, tout-à-fait.


WUD : et les albums des années 2010 sont très bons à nouveau...

NM : tout-à-fait.


"Il n'y a pas un projet sur Streisand qui puisse se

faire sans qu'elle ait le projet entre les mains"

"

WUD : cet agrément que vous avez dû obtenir de la part de Barbra pour faire ce documentaire, avez-vous mis longtemps à l'obtenir ?

NM : de toute façon, il n'y a pas un projet sur Streisand qui puisse se faire sans qu'elle ait le projet entre les mains. Elle a eu le projet entre les mains, en tous cas Marty Erlichmann. Il est revenu en disant "Validé". "Validé", ça veut dire "OK, vous avez le droit de le faire, vous pouvez nous acheter des archives, et on verra si on vous les vend ou pas." Déjà, ça, c'était réglé. Ensuite est venu se greffer un problème... Par exemple, la séquence que j'ai été obligé de laisser tomber et que je regrette le plus, et que je n'ai pas utilisée, qu'ils ne nous ont pas donné le droit d'utiliser parce que là, ce sont eux qui détiennent les droits et donc il n'y a rien à faire : c'était la séquence du premier show "My Name Is Barbra", où j'avais pris la séquence de "People", qui est absolument magnifique et que vous connaissez forcément. C'est en noir et blanc, elle passe devant l'orchestre... Au dernier moment, ils n'ont pas voulu nous le vendre et j'ai été obligé de jouer avec 6 ou 7 photos et la chanson, voilà. Et ça, ça m'a vraiment embêté parce que ce sont des séquences qui sont magnifiques...
Ils ne détiennent pas tous les droits des films. Les studios américains ont les droits des films. On les a payés trés cher, mais au moins on a tout-à-fait le droit de les utiliser... Le film a été vendu dans 15 pays dont le Brésil et le Canada... De plus, comme on avait passé un deal avec Steve Schapiro, pour les photos, on avait suffisamment de choses qui étaient très très belles...


[problème technique : ligne coupée...]

WUD : Nicolas, vous m'entendez ? Eh bien, Nicolas, ça doit être un coup des américains ! Le téléphone a collapsé ! (Rires) Je suis sur mon mobile. Nous venons de rapprocher l'enregistreur. Vous m'entendez bien, là ?

NM : voulez-vous que je vous rappelle ? C'est plus simple pour vous ?


WUD : non, ça y est. Vous m'entendez bien ?

NM : oui, je vous entends très bien.


WUD : c'est parfait. On peut y aller.

NM : pas de souci.


WUD : je disais que dans le dossier de presse d'ARTE, nous avions lu que le documentaire devait être diffusé, vendu à l'international, dans le monde entier. Effectivement nous avions bien noté : sauf aux USA...

NM : tout-à-fait. J'ai là une liste des pays : Pays-Bas, Norvège, Suède, Suisse, Lithuanie, Italie, Pologne, Estonie, Brésil, Canada, Australie, Angleterre.


WUD : (ton satisfait ) très bien... C'est donc Barbra qui a visé le contenu de votre travail avant de le valider ?

NM : je ne sais pas qui l'a vu exactement, mais ils l'ont vu, c'est clair, puisque à chaque étape du montage, ils ont veillé à ce que des exports soient faits et leur soient envoyés.


WUD : si c'est Marty Erlichman qui vous a donné l'agrément, très probablement c'est Barbra qui a visé le contenu de votre projet. Avez-vous eu un mot de sa part ? Savez-vous si elle a vu le documentaire ?

NM : pas du tout. La production a été en contact, par email, avec Marty Erlichmann, mais on n'a jamais été en contact direct avec elle. Jamais. Les seules personne avec qui j'ai été en contact direct, ce sont les personnes que j'ai interviewées, c'est à dire Allan Miller, Barry Dennen, Camille Paglia, James Spada.


WUD : Nicolas, ce documentaire, il va sortir en DVD, n'est ce pas ?

NM : je ne sais pas. Quand une société de production achète des archives, elle les paye à un certain tarif si c'est uniquement pour une diffusion télé, elle les paye à un autre tarif si c'est pour une diffusion télévisée en France, à un autre tarif si c'est pour une diffusion télévisée européenne, un autre tarif pour une diffusion mondiale, et encore un autre tarif si c'est pour une diffusion en DVD. Je ne sais pas l'accord qu'il y a eu entre la société de production et ARTE, donc je suis parfaitement incapable de vous dire si le documentaire va sortir en DVD ou pas. Cela n'est pas sûr. Vu la complexité de la gestion des droits sur ces archives, je ne suis pas sûr que ce documentaire sorte dans le commerce en DVD. Je sais qu'ARTE sort régulièrement les portraits. J'espère que celui là va sortir mais la société de production ne me l'a pas dit.


WUD : merci beaucoup, Nicolas, d'avoir été avec nous ce matin, d'avoir pris un petit peu de temps pour répondre aux questions de What's Up, Doc? Barbra Streisand, avec un enthousiasme, en fait l'enthousiasme, Nicolas, que nous avons noté dans votre documentaire ! Vous en avez écrit les textes, n'est-ce pas ?

NM : oui, j'ai écrit la base. Vous parlez d'enthousiasme, moi j'ai été très enthousiaste à faire ce film, par rapport au talent qui est déployé dans tout ce qu'on voit et si, effectivement, ça passe trop vite...


WUD : oui, ça passe trop vite...

NM : ça veut dire que le talent est tout sauf ennuyeux quand on le regarde, et donc, j'ai réussi mon coup. (Rire) Malgré le fait que je n'ai pas grand chose à voir avec le talent de Streisand, mais au moins la boite dans laquelle je l'ai présenté était agréable.


WUD : oui, c'était superbe. Je ne sais pas si vous aurez un mot de Barbra, mais je pense qu'elle a très probablement apprécié votre travail.

NM : Eh bien, écoutez, ce serait pour moi le plus beau des cadeaux.


WUD : Nicolas, je vais vous poser une dernière question...

NM : allez-y !


WUD : Nicolas, on a le sentiment, en regardant votre documentaire, que vous avez fait le choix de l'icône plutôt que de la diva ? Regrettez-vous le changement de titre du documentaire ?

NM : le titre original du film, c'était "Becoming an icon", "Devenir une icône", et comment jusqu'en 1984, elle travaille à devenir une icône totale, c'est à dire à la fois une icône esthétique, une icône de "femme productrice", de business woman. Je pense que "Naissance d'une diva" a été choisi parce que cela fait aussi référence à la notion de voix, de chanteuse. Pour un public français qui ne connait pas si bien Barbra Streisand, le titre "Naissance d'une diva" était plus global...


WUD : plus porteur...

NM : oui. Plus porteur, plus global. Maintenant, sur ce film, je ne regrette absolument rien des choix qui ont été faits. Vous savez, en tant que réalisateur, il faut toujours faire des compromis. Si, vraiment, vous n'êtes pas content, du titre qui change, d'autres choses... c'est simple, vous avez la possibilité de dire : écoutez, je pars du film. Et dans ce cas là, vous ne le signez pas, et quelqu'un d'autre le signe à votre place. Moi, si j'ai accepté de mettre mon nom sur le film, c'est que je le revendique à 100 % et que je le défends aux côtés de la chaine à 100 %. Donc, "Naissance d'une icône", "Naissance d'une diva", pour moi, il n'y a vraiment pas une différence énorme. Effectivement je pense qu'elle est plus une icône qu'une diva, mais diva était, je pense, quelque chose qui était plus porteur, et plus global, pour un public français qui ne la connait pas si bien que cela.


WUD : merci beaucoup, Nicolas. Merci d'avoir pris autant de temps pour discuter avec nous ce matin.

NM : c'est la moindre des choses. Je vous souhaite une bonne journée.


(Fin de l'entretien)